Visuel de couverture pour la brochure
des 70 ans du Picoulet (Malte Martin, 2006)
Le foyer fraternel
Eric et Lise Garin
Fête des enfants, 1956
Simone Iff
Journal l'écho du Picoulet
Colonies de vacances
Historique
L'action du Picoulet puise sa source dans celle de la Mission Populaire Evangélique
de France, une Eglise fondée en 1872 par le Pasteur écossais Mac All.
Ce dernier avait été interpellé par les ouvriers de Belleville qui venaient tout juste de vivre la Commune: « Si quelqu'un nous prêchait une religion de liberté et de réalité, nous serions prêt à l'écouter» lui dirent-ils. Mac All décide de s'installer avec sa femme dans ce quartier, et d'y consacrer tout son
temps et sa fortune pour le « relèvement », à la fois spirituel et social, de la classe ouvrière.
En 1913, la Mission Populaire fusionne avec l'Église Évangélique appelée « Oeuvre de la rue Saint-Maur ».
Cette paroisse protestante traditionnelle avait été fondée vers 1838 et appartenait au « mouvement
du réveil », mouvement religieux né au début du 19e siècle en Angleterre et orienté vers l'action plutôt
que vers la réflexion théologique. De fait, l'Église Évangélique, tout comme la Mission Populaire ont dés
leurs origines mis en place des activités qui ne se réduisent pas au Culte ou au Cathéchisme:
Aide aux devoirs, Club d'enfants, sorties, colonies de vacances, soirées cinéma, bibliothèque, fêtes, etc.
En 1936, la Mission Populaire emménage au 59 rue de la Fontaine au Roi, où se situe toujours
aujourd'hui le Picoulet. Sur le fronton du bâtiment central, on peut lire les inscriptions « Foyer Fraternel ».
L'année suivante, c'est le Pasteur Eric Garin qui est chargé de faire fonctionner les activités. Il est secondé
par Lise, son épouse, et par Madeleine Martin, assistante de paroisse. En 1942, Madeleine Martin devant
quitter le foyer, M. Garin demande à Antoinette Brochet, jusqu'alors bénévole de prendre le poste
d'assistante de paroisse. Antoinette fut l'âme de cette maison jusqu'en 1967.
Dès la déclaration de guerre, la préoccupation principale est d'éloigner les enfants de Paris, par peur
des Allemands et des bombardements. A l'automne 1939, la Mission Populaire évacue et regroupe
les petits parisiens des différents postes à la Bernerie, grande propriété sur la côte Atlantique.
Toujours dans le souci de protéger les enfants, les Garin organisent, en avril 1944, le départ de 41
enfants dans le Jura, puis la Suisse.
En 1950, le Foyer acueille un nouveau pasteur, Pierre Bay et sa femme Antoinette. C'est aussi l'époque
où plusieurs activités vont permettre de s'ouvrir à un nouveau public: le sous-prolétariat. Ainsi, à Pâques
1947 est fondé un club pour enfants défavorisés, en lien avec le Foyer. Rapidement repris par Marielle
Grand d'Esnon, il est ouvert tous les soirs de 17h à 19h. A partir de 1954, il tient ses activités au 56
rue de la Fontaine au Roi. En 1959, on compte, chaque jour au soutien scolaire du club, une moyenne
de 42 enfants sur 145 inscrits venant de 73 familles différentes. C'est aussi le début des activités adultes,
qui permettent un véritable brassage social, comme l'apprentissage de la langue française pour
les femmes du quartier, notamment kabyles. C'est aussi au Foyer que s'est tenue l'une des premières
permanences du Planning familial dans les années 60 et que se regroupent régulièrement des jeunes
femmes du quartier qui souhaitent réfléchir à leur condition et à leurs problèmes.
Parmi elles, Simone Iff,
future Présidente du mouvement français pour le planning familial et membre du cabinet du Ministre aux
droits des femmes
Mais « le Picoulet », pourquoi ce surnom? Il a été donné au Foyer Fraternel suite au séjour organisé
par la Mission Populaire en Suisse durant le Seconde Guerre Mondiale, d'où les enfants étaient revenus
en chantant et en dansant « le Picoulet », une danse enfantine très populaire en Suisse, qui ressemble
à notre « Savez-vous planter les choux? ». En effet, le club pour enfants défavorisés fondé en 1947
s'est baptisé ainsi en souvenir de la chanson et au fil du temps, l'association entre le Foyer Fraternel
et le club d'enfants a été telle que c'est sous le nom de « Picoulet » que le foyer est devenu connu dans
le quartier.
En 1960, l'arrivée d'un nouveau Directeur, le Pasteur George Velten accompagné de son épouse Irène,
donne une ouverture politique toute nouvelle au Foyer. Cette dimension d'ouverture se traduit notamment
par la création, en septembre 1960, d'un journal: « L'Echo du Foyer fraternel et du Picoulet », qui paraît
aujourd'hui encore plusieurs fois par an sous le titre « l'Echo du Picoulet ». Par ailleurs, on tient au Picoulet
des réunions d'information sur les enjeux des élections, comme lors des Présidentielles en 1969.
D'une manière générale, les années 60 et 70 sont marquées par la croissance ininterrompue du club
d'enfants qui débouche sur la création d'un club destiné aux adolescents. C'est aussi l'époque où le Picoulet
commence à accueillir d'autres associations en son sein et à s'investir dans des actions à l'échelle du
quartier, comme les fêtes de rue. Par ailleurs, à la demande de ses partenaires institutionnels, le Picoulet
crée un club de prévention qui cible les adolescents vulnérables, qui sera par la suite cédé à la fondation
Feu Vert, toujours en activité sur le quartier.
Dans les années 80, sous la direction du Pasteur Pierre Borne et son épouse Suzanne, une bibliothèque
de prêt est constituée. De plus, les activités se professionalisent davantage, avec l'arrivée de coordinateurs
salariés. Quant aux cours de français, ils accueillent de plus en plus de monde, débouchant sur la création
d'une halte-garderie, permettant aux mamans d'assister à ces activités.
A partir de 1985 se met également
en place une permanence d'écrivain public, point de départ de l'actuel Accueil social. Cette professionnalisation
va permettre la reconnaissance des activités menées jusque-là: en 1984, le Picoulet reçoit l'agrément Centre
social de la CAF et adhère à la Fédération des Centres sociaux de Paris.
Réinstallé au 59 rue de la Fontaine au Roi dans des locaux rénovés au cours des années 90, le Picoulet
continue chaque jour de d'accueillir et d'aider les habitants du quartier, sans discrimination d'origine ou de
confession, à travers les différentes activités présentées dans la rubrique « Nos activités ».
Ce texte a été rédigé à partir de la brochure « Le Picoulet, toute une histoire »,
publiée en 2006 et basée sur les recherches d'Axelle Brodiez.